Exposé·es

Spectacles + performances + exposition +
rencontre + ball

09.03 > 13.05.23

CN D Pantin

Avec Exposé·es, le CN D s’associe au Palais de Tokyo dans le cadre d’une exposition inspirée du regard situé de la critique et historienne de l’art Élisabeth Lebovici dans son ouvrage Ce que le sida m’a fait, cherchant à cette occasion davantage de questions intemporelles que d’éléments synthétiques ou analytiques sur l’histoire du sida. Il s’agit de montrer en quoi ce que l’on appelle « les années sida », loin de constituer un moment crisique circonscrit, a clairement ouvert une période qui subsiste encore aujourd’hui, de par ses conséquences esthétiques, morales et politiques. Comment des artistes concerné·es – de mille manières différentes – font-il·elle·s résonner des facettes de cette problématique dans leur travail ?

Il y a une épistémologie du sida qui, parce qu’elle embrasse largement l’art chorégraphique, rendait nécessaire la construction d’un volet danse au CN D, en écho à cette exposition. Sujet fondamental dans le développement de la danse dans les années 1980 et 1990, l’épidémie, en emportant des artistes, en ébranlant leur entourage, a substantiellement modifié l’approche du corps. Ainsi ses incidences sont-elles visibles, puisqu’intentionnelles, dans des pièces telles que celles de Robyn Orlin, de Mark Tompkins avec son hommage à Harry Sheppard, ou encore de Jimmy Robert en référence à Ian White. Elle a par ailleurs eu des effets plus souterrains sur le plan esthétique, à plusieurs échelles, pour des personnalités bouleversées par la disparition de proches, ou touchées par le virus à l’ère des découvertes thérapeutiques – David Wampach, Daniel Larrieu qui livre un solo inédit, ou Dominique Bagouet dont Catherine Legrand revisite la pièce Jours étranges.

Outre une grande prise de conscience de la vulnérabilité du corps humain, le cataclysme a soulevé la question des tabous et des discriminations, la danse se rapprochant alors, par endroits, du militantisme, en interrogeant les notions de communauté et de prise de parole. C’est le cas pour le spectacle Mauvais genre d’Alain Buffard, qui interrogeait la mort, la sexualité, le rapport entre l’identité et la communauté, mais aussi de pièces et expériences de générations d’aujourd’hui : Pol Pi, Audrey Liebot, Christodoulos Panayiotou avec sa performance de cinq heures et Lasseindra Ninja avec un ball voguing, toutes traversées par la question de l’activisme. Une nouvelle donne hante dès lors les œuvres. Il s’agit d’en donner à voir quelques spectres, sans aucune ambition d’exhaustivité mais, par le biais de différents regards, d’en ausculter des traces, des empreintes, des transitions, des transmissions. Aussi, le CN D invite Isabelle Ginot à organiser une journée d’étude dédiée aux nouvelles façons de danser avec les pathologies.

Exposé·es recèle un double sens : être exposé·es, sans l’avoir choisi, mais aussi s’exposer, aller au-devant, se montrer. Le sida n’est pas ici un sujet, mais un prisme de lecture qui prolonge, arts plastiques et vivants, le décryptage de l’« épidémie de la représentation » consécutive à l’apparition du sida, impulsé par Lebovici.