SpectacleCamping 2018

Alain Buffard

Good Boy

25 > 28.06.18

CN D Pantin

En 1998, Alain Buffard revient à la scène avec la création de Good Boy, autoportrait chorégraphique qui a valeur de « point zéro ». Plutôt que d’un solo, il faudrait parler de l’invention d’une solitude, de son élaboration minutieuse comme territoire mental et physique, zone d’exposition et de redéfinition de soi par les marges : juste une présence sur scène, délimitant les contours de son être à force d’actions répétitives, posant son corps comme affirmation et comme incertitude, champ d’exploration charnel et fictionnel. Solo de l’effritement et de la reconstruction, Good Boy bricole une grammaire de l’insoumission, passant en revue les stratégies à inventer pour se refaire un corps face à la maladie, aux contraintes sociales, aux assignations de genre. Muni de quelques accessoires – slips, scotch, boîtes de médicaments – qu’il utilise pour « se dessiner des prolongements, des excroissances », il élabore une esthétique du peu, de l’insistance et de la répétition. Repris par Matthieu Doze, ce « bon garçon » continue à agir – opposant la résistance de ses montages physiques et subjectifs à l’énoncé qui le désigne comme sujet obéissant.


La place d’Alain Buffard dans le champ chorégraphique français est celle d’un électron libre, dont les créations ne rentrent pas dans les cases préétablies ; d’abord interprète dans les années 1980, notamment pour Régine Chopinot, Daniel Larrieu ou Brigitte Farges, il va, de la fin des années 1990 jusqu’à sa mort en 2013, produire une œuvre habitée d’une urgence vitale, où chaque geste est chargé d’une force transgressive qui interroge ce que peut un corps. C’est aussi une place d’incubateur, dont les influences multiples – venant de la danse postmoderne américaine, des arts plastiques ou de la performance – ont contribué à l’élargissement du périmètre de la danse, et du rapport à l’historicité de ses pratiques. La rencontre, dans les années 1990, d’Yvonne Rainer et Anna Halprin, et des travaux d’artistes comme Vito Acconci, Chris Burden ou Bruce Nauman l’ont amené à nourrir ce champ de problématiques esthétiques et discursives qui l’avaient jusque-là peu pénétré.