Ommi Sissi met en jeu un corps soumis à des cadres. Cadres médicaux, cadres sociaux, cadres moraux. Dans ce solo, Mohamed Issaoui s’appuie sur son parcours de médicalisation au service des maladies infectieuses de l’hôpital La Rabta à Tunis, et sur l’année qui a suivi l’annonce de sa séropositivité. Une période de bascule où le corps change de statut, où le regard social se charge de jugements, et où la honte impose le silence. Ommi Sissi révèle comment la maladie agit comme un révélateur brutal des normes, des tabous et des logiques d’exclusion. Les danses traditionnelles tunisiennes y sont convoquées comme des formes déplacées, détournées de leurs assignations de genre pour devenir des outils d’émancipation et de réappropriation du corps, dans une traversée autant spirituelle que politique. Dans l’épreuve, Mohamed Issaoui fait apparaître les formes de résistance et de résilience. Ommi Sissi affirme la scène comme un espace de prise de parole nécessaire, où l’histoire individuelle devient un levier pour interroger les violences structurelles, les dispositifs de marginalisation et les tabous persistants autour du VIH.
Mohamed Issaoui
Mohamed Issaoui est danseur, performeur et chorégraphe tunisien. Formé en lettres modernes en Tunisie et en danse à l’Université Paris 8, il développe une pratique à la croisée de la danse, du texte et de la performance qui s’appuie sur les danses traditionnelles tunisiennes, qu’il détourne pour interroger les normes sociales, le genre et la sexualité. Son premier solo Le Déserteur en 2017 marque le début d’un travail autobiographique où le corps et l’intime deviennent un espace politique.