À la lisière de ce que Charles Galtier appelle les terres ambigües ; ces espaces de cultures moites où l’osier pousse, il faut attendre le froid, pour faire la récolte puis le tri. Il faut attendre que le froid ait engourdi les corps et les champs. Alors la sève descend et la lame tranche un à un les pieds. Le tri fait des gestes humbles que l’on fait debout, que l’on répète jusqu’à épuisement, jusqu’au moindre petit brin. C’est une transformation, presque invisible, à peine audible, qui fait qu’une plante devient à force, une matière. C’est une part du travail, qu’ils disent. C’est du travail avant le travail, mais je sais qu’au tri déjà, ils tressent dans leurs têtes. Je sais que l’hiver on tresse en rêve. À la fin, les brins se serrent et se tiennent debout ensemble. L’osier trié ici est la somme d’une récolte, conduite pendant une année, désherbée à la main, sur une petite parcelle située au bord d’un ruisseau à Cucuron. Le 3.04 le public était invité à assister au travail du vanier Gabriel Thiney, qui reste visibile durant toute la durée de l'exposition.
Clara Denidet
Clara Denidet est artiste et autrice. Son travail itinérant, nourri de rencontres de terrain, explore nos manières d’habiter à travers des pratiques collectives mêlant savoirs, gestes et attention au soin.
Gabriel Thiney
Vannier et osiériculteur entre le Luberon et le Morvan, il cultive l’osier qu’il tresse depuis 10 ans, développant une vannerie de gestes simples, entre formes utilitaires et recherches sensibles.