Rencontre

Décembre

Florian Gaité

14.12.21 — 19:00

CN D Pantin
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L’idée de la danse techno comme pratique rituelle néo-religieuse est très largement véhiculée par les sciences sociales (Maffesoli, Gauthier, Hampartzoumian) qui fondent ce rapprochement sur la recherche commune de l’extase et le partage de certaines caractéristiques formelles (répétitions, déhanchements, torsions, balancements, frappes...). Pour autant, le lien de continuité supposé entre les danses choréo-mystiques (oribasie dionysiaque, transe soufie, ronde des shakers...) et la pratique techno, même si largement reprise par la communauté technoïde elle-même, ne nous paraît pas du tout aller de soi dans une société qui se pense et se construit en-dehors de toute référence à la transcendance. Loin d’en faire le signe d’un « réenchantement » postmoderne qui revitaliserait le sentiment du sacré, nous pensons au contraire que ce qui se joue dans ces épuisements collectifs tient davantage de l’exaltation d’un nihilisme contemporain, radicalement immanent, qui nie toute extériorité à l’expérience présente. L’emprunt à la terminologie religieuse ne trahirait ainsi, en creux, que l’étroitesse des imaginaires de la jouissance extatique, dont il conviendrait de renouveler les termes. Improductive et insignifiante, la danse techno a-t-elle vraiment la valeur cathartique, thérapeutique ou initiatique qu’on prête aux rites religieux ? Peut-on penser une extase sans lien avec le sacré et ne voir dans les sorties de soi des ravers et des clubbers qu'un appel sec au vide ? Et si la recherche de cette dépense gratuite, de cet épuisement, n'était finalement qu’une manière de jouir de simplement être en n’étant même plus soi, ni autre chose, c’est-à-dire, au fond, de n’être rien ?